Un peu de classique
Ce monologue d'entrée des Plaideurs de Jean Racine est un petit chef-d' œuvre tant dans sa construction que de sa musicalité et de son contenu
Ma foi, sur l'avenir, bien fou qui se fiera.
Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.
Un juge, l'an passé, me prit à son service,
Il m'avait fait venir d'Amiens pour être Suisse.
Tous ces Normands voulaient se divertir de nous,
On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups.
Tout Picard que j'étais, j'étais un bon apôtre,
Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.
Tous les plus gros monsieurs me parlaient chapeau bas.
Monsieur de Petit Jean, ah ! Gros comme le bras.
Mais sans argent, l'honneur n'est qu'une maladie ;
Ma foi j'étais un franc portier de comédie,
On avait beau heurter et m'ôter son chapeau,
On n'entrait point chez nous sans graisser le marteau.
Point d'argent, point de suisse, et ma porte était close.
Il est vrai qu'à Monsieur j'en rendais quelque chose.
Nous comptions quelquefois. On me donnait le soin
De fournir la maison de chandelle et de foin,
Mais je n'y perdais rien. Enfin vaille que vaille,
J'aurais sur le marché fort bien fourni la paille.
C'est dommage. Il avait le cœur trop au métier,
Tous les jours le premier aux plaids, et le dernier,
Et bien souvent tout seul, si l'on l'eût voulu croire,
Il y serait couché sans manger et sans boire.
Je lui disais parfois : « Monsieur Perrin Dandin,
Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin.
Qui veut voyager loin, ménage sa monture ;
Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure. »
Il n'en a tenu compte. Il a si bien veillé,
Et si bien fait, qu'on dit que son timbre est brouillé.
Il nous veut tous juger les uns après les autres.
Il marmotte toujours certaines patenôtres
Où je ne comprends rien. Il veut bon gré, mal gré,
Ne se coucher qu'en robe, et qu'en bonnet carré.
Il fit couper la tête à son coq de colère,
Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire :
Il disait qu'un plaideur, dont l'affaire allait mal,
Avait graissé la patte à ce pauvre animal.
Depuis ce bel arrêt, le pauvre homme a beau faire,
Son fils ne souffre plus qu'on lui parle d'affaire.
Il nous le fait garder, jour et nuit, et de près.
Autrement serviteur, et mon homme est aux plaids.
Pour s'échapper de nous, Dieu sait s'il est allègre.
Pour moi, je ne dors plus. Aussi je deviens maigre,
C'est pitié. Je m'étends, et ne fais que bâiller.
Mais veille qui voudra, voici mon oreiller,
Ma foi, pour cette nuit, il faut que je m'en donne,
Pour dormir dans la rue on n'offense personne.
Dormons.
Et la première fois que je l'ai entendu c'était en 1961 sur disque 33 tours en classe de 5ième où nous l'avons appris et qui me donna le gout du théâtre !
Version historique de la Comédie française avec une distribution éclatante :
Création le : Comédie-Française (Paris)
| Mise en scène | Robert Manuel |
|---|---|
| Interprétation | Georges Chamarat (Dandin) |
| Jacques Sereys (Léandre) | |
| Maurice Porterat (Chicaneau) | |
| Jean-Paul Roussillon (Petit-Jean) | |
| Robert Manuel (L'Intimé) | |
| Michel Aumont (souffleur) | |
| Javotte Lehmann (Isabelle) | |
| Berthe Bovy (comtesse) en alternance avec Denise Gence | |
| Scénographie | Jean-Denis Malclès |
| Costumes | Jean-Denis Malclès |